NUIT
Le Palais Mascotte, plus ancien dancing genevois, renaît de ses cendres
Par CHLOÉ DETHURENS le 30.04.2008 à 00:00

Lustres aux reflets rouges et tamisés, miroirs d’époque, plafonds dorés et meubles de luxe récupérés aux quatre coins de la ville. Fermé depuis près de dix ans, le Palais Mascotte, ancêtre des cabarets de la région, vient de s’offrir une seconde jeunesse. Après avoir été annoncée pour septembre 2007 puis pour février dernier, la réouverture de ce complexe, logé sur trois étages, aura lieu le 7 ou 8 mai prochain, dans une ambiance plutôt rétro. Une sorte d’ antilounge.

Jean-François Schlemmer et son équipe.
Image: © Olivier Vogelsang

Lustres aux reflets rouges et tamisés, miroirs d’époque, plafonds dorés et meubles de luxe récupérés aux quatre coins de la ville. Fermé depuis près de dix ans, le Palais Mascotte, ancêtre des cabarets de la région, vient de s’offrir une seconde jeunesse. Après avoir été annoncée pour septembre 2007 puis pour février dernier, la réouverture de ce complexe, logé sur trois étages, aura lieu le 7 ou 8 mai prochain, dans une ambiance plutôt rétro. Une sorte d’ antilounge.

Cela fait aujourd’hui sept ans que Jean-François Schlemmer, l’actuel patron de l’Omnibus et du Kiosque des Bastions, envisage le grand retour du cabaret de la rue de Berne. Pourquoi remettre sur pied cette antique boîte de nuit? «C’est un lieu mythique, adoré par les Genevois. J’aurais trouvé triste qu’il reste à l’abandon encore plus longtemps», explique Jean-François Schlemmer. Les murs abriteront donc à nouveau un ­cabaret.

Mais cette réouverture prend du retard. Le patron attend toujours la visite du Service du feu. Pourtant, au Palais Mascotte, tout est prêt. Artistes et employés font le pied de grue. «Des artistes venus exprès en roulotte ne pourront peut-être pas donner leur spectacle d’ombres chinoises», déplore Jean-François Schlemmer.

Deux ans de travaux

Depuis le 30 décembre 1999, date de fermeture, les lieux sont abandonnés, puis squattés, sans qu’un repreneur ne soit trouvé. Il y a deux ans, les travaux commencent sur l’initiative du nouveau patron. Du gros oeuvre, pour restaurer les trois étages de l’immeuble et sa ­façade, fortement délabrée. Ces dernières semaines, les ouvriers ont mis les bouchées doubles pour les finitions. Scènes, cuisines, loges: tout est prêt pour l’ouverture.
L’objectif du patron: conserver l’esprit de l’ancien Palais Mascotte tout en le réactualisant. La visite des locaux ressemble alors à un voyage dans le temps: miroirs, tables, chaises et moulures de l’ancienne version du cabaret ont été conservés. Les couleurs pourpres originales, sont encore là. Le reste du mobilier s’offre une seconde jeunesse: fauteuils, ­canapés et bars viennent de l’ancien hôtel Richemond. Les appliques de Murano sortent du Bataclan. Une petite table a été récupérée chez un ancien grand pâtissier genevois.

Pas question pour le nouveau patron de faire du Palais Mascotte un énième bar à champagne pâquisard. Ni un établissement de luxe, inaccessible à la population du quartier. «Le Palais Mascotte était un endroit où l’on tombait le masque, où les barrières sociales disparaissaient, raconte Jean-François Schlemmer. Le nouvel établissement perpétuera cet esprit. Dans l’ambiance d’un cabaret burlesque.»
La carte de membre du Mascotte ne coûtera que 123 francs, pour une entrée oscillant entre 10 et 20?francs. «Il faut bien payer les artistes», explique Jean-François Schlemmer. En revanche, une sélection sera faite à l’entrée. «Le quartier n’est plus le même qu’il y a vingt ou trente ans?»
A côté d’artistes actuels, certains vétérans du Palais Mascotte feront leur grand retour, toujours histoire de raviver les souvenirs des Genevois. A commencer par Elisabeth, qui a fait la fermeture du Mascotte après dix-sept ans de prestations, et qui chantera pour sa réouverture.

«Ni techno ni strip-tease»

Ces spectacles auront lieu sur trois étages. Cabaret burlesque au rez, restaurant ouvert jusqu’à 5?heures du matin avec dîner-spectacle au premier étage, et bar-concerts au sous-sol. Entre spectacles de mimes, d’ombres chinoises, pièces de théâtre visuelles, one-man-shows et petits concerts. Réveillée par la présence d’un DJ, l’ambiance sera placée sous le signe musette et guinguette. Le patron insiste: «Surtout pas de techno! Ni de strip-tease?»
Jean-François Schlemmer et son équipe. Tous attendent impatiemment l’ouverture du Mascotte. L’établissement doit encore recevoir la visite du service du feu. (olivier vogelsang)

Un lieu devenu désuet

Ouvert en 1887 aux Pâquis et premier dancing de Genève, le Palais Mascotte connaît un succès fulgurant tout au long du XXe siècle. Il fait même des émules puisque quelques années seulement après son ouverture, un établissement similaire ouvre à Zurich, le Mascotte, première boîte de nuit du canton, encore en activité aujourd’hui.?
Au fil des ans, le Mascotte devient le rendez-vous nocturne des gens du spectacle. De nombreux artistes étrangers de passage à Genève y font escale. En 1999, une motion est présentée au Grand Conseil pour classer le Palais Mascotte «monument historique».

L’atmosphère de ce cabaret inspire un grand nombre d’artistes, notamment le chanteur Tom Novembre et l’écrivain Enzo Corman, qui en fait une pièce de théâtre en 1988.«Toute la république»
Claude Amoudruz, industriel genevois. «On y trouvait des gens de tous les milieux. Ils se rencontraient, parlaient, buvaient des verres. C’était vraiment à la bonne franquette. Les entraîneuses avaient presque l’âge de nos grand.-mères. L’ambiance était très retro mais toute la république s’y rencontrait.»

«Bourgeois et marginaux»

Manuel Tornare, conseiller administratif. «Je fréquentais le Palais Mascotte dans les années 70, pendant mes études de Lettres. Ce n’était pas un pince-fesse, encore moins un lieu glauque, même si il aurait fallu une bonne rénovation. Ce n’était pas non plus un lieu de perdition, mais plutôt un endroit magique: les grands bourgeois de la ville y cohabitaient avec les marginaux et les ouvriers. Lors d’une visite en Italie, Fellini m’avait même confié que l’endroit qu’il appréciait le plus était le Palais Mascotte…»

«Complètement dingue!»

Alain Morisod, artiste. «C’était un lieu d’une autre époque avec une musique d’un autre temps. Le décor datait des années 40, les lustres étaient jaunâtres. La plus jeune des filles avait peut-être 55 ans. Tous les artistes de passage à Genève y faisaient escale. Tout le monde se connaissait et se mélangeait. De l’avocat venu s’encanailler à l’ouvrier venu boire un verre. C’était un endroit complètement dingue et très attachant.»